OPINION BIEL BIENNE 14. / 15. OCTOBRE 2015…

Thierry Luterbacher

à propos de la tentative de dégommage du Pantographe à Moutier.

Lorsque j’ai un trop plein de larmes du monde, je prends mes cliques et mes claques et je pars me réfugier dans l’autrement, dans l’ailleurs, là où il fait bon croire en l’utopie. Je me rends dans l’oasis de liberté du Pantographe à Moutier, dans l’ancienne usine Junker, propriété de Tornos. Un espace de vie où existe «tout ce que vous voulez y faire exister». Un lieu qui se veut accessible à tous, qui a fait le choix de la simplicité, de la spontanéité, mû par la volonté d’un fonctionnement sans pognon avec prix libre et bénévolat. C’est là que je vais passer mes autres Nouvel An, mes autres soirées, mes autres spectacles. C’est un bonheur d’entendre une dame ou un monsieur commander un verre de vin ou un café au bar autogéré, demander «je vous dois combien?» et entendre Ondine Yaffi ou Gilles Strambini, les deux âmes du Panto, répondre «ce que vous vous voulez!».

Balayé tout ça! Convoqués au bureau de Tornos vendredi 2 octobre 2015, Ondine Yaffi, Gilles Strambini et Danilo Tamasi ont appris de la bouche de la direction l’expulsion pure et simple de l’association Collectif pour la culture, gérante du Pantographe.

Le Panto de Moutier est avant tout une idée libertaire, un lieu qui prône la responsabilité pour tous, une culture sortie du carcan institutionnel et des rituels convenus.

Le Panto est une arme qui lutte contre la morosité, la perte de curiosité, la paresse intellectuelle et l’abrutissement général qui collent les gens derrière la télé et Internet.

ARRÊTEZ LE MASSACRE DE RÊVES

Le Panto accueille la culture sous toutes ses formes et dans tous ses états. Il offre non seulement une scène aux artistes, mais également un lieu où répéter, des chambres où résider. Il a mis au monde radioPan, «la radio que c’est nous qu’on fait avec le contenu libre que chacun peut nous offrir», on s’assied autour du micro, seul ou en bande, et on en cause, de tout et de rien en écoutant de la musique maison.

Ondine Yaffi et Gilles Strambini ont réussi à convaincre Tornos, il faut en cela rendre hommage à l’ancienne direction, d’avoir permis au Panto de résider sans contrepartie financière depuis 2008 dans l’ancienne usine Junker. Un endroit unique,constitué de bric et de broc qui a érigé la récupération en principe de vie, une échappée belle à laquelle on veut faire réintégrer le peloton de la normalité.

La direction de Tornos va-t-elle vraiment fouler au pied l’idée de l’association qui croyait à la promesse orale de vente de l’usine Junker, genre on se frappe dans la main et cochon qui s’en dédit, la promesse d’une solution durable tenue en 2013? A quoi bon permettre la naissance d’un enfant si c’est pour le plonger à 7 ans dans un coma artificiel?

La municipalité de Moutier, elle, ne souhaite pas prendre parti et dit ne pas vouloir interférer dans la gestion d’une entreprise privée. Allons allons! Maxime Zuber! Pourquoi tant de retenue? N’y a-t-il pas pléthore de sujets que vous avez abordé sabre au clair en évitant soigneusement de rester neutre ? Serait-ce mesquin de supposer que la neutralité de la municipalité de Moutier n’est pas totalement étrangère aux entrées fiscales d’une personne morale qu’il ne fait pas bon froisser?

Je sais, je sais, le canton de Berne a déclaré le Pantographe d’utilité publique, ça fait désordre dans le paysage, d’autant plus qu’il a été retenu pour potentiellement accueillir le bureau du futur réseau des arts de la scène(ARS).

On s’apprête à commettre un nouveau massacre de rêves, le meurtre prémédité d’une utopie et moi, ça m’attriste et me débecte. Que voulez-vous, on ne se refait pas, moi je suis PANTO comme d’autres sont VIP.