Journal d’un Dindon…J+5

événements du 7 octobre 2015

6:30. Si Pilou ne se lève pas le matin, alors qu’il aimerait souvent qu’il en soit autrement, c’est parce-qu’il n’entend pas le réveil et que « manuellement » il faut s’y reprendre à trois ou quatre fois pour qu’il ouvre les yeux. Je n’ai pas toujours le courage d’être l’instrument de cette quasi torture qu’est pour lui le retour au monde réel. Ça peut être tout autant douloureux pour celui qui reçoit son premier regard. Mais après six ans de vie collective, on ne se formalise plus aussi facilement des humeurs de chacun. Donc ce matin, pas question de l’abandonner à son sommeil car on a rendez-vous au pressoir de Corcelles et si on arrive en retard, la mère Langre sera fâchée. Une expulsion de Mornos, c’est rien à côté de ça !

Après avoir chauffé de l’eau et fait monter un café, je monte le secouer. Vers 7:30, on enfourche le « Dnepr » (side-car ukrainien copie d’un modèle allemand de la seconde grande guerre). Dani s’est occupé d’amener les caisses de pommes en allant travailler.

Le local est trop exigu pour y tenir à plus de trois. Alors on prend le frais en regardant oeuvrer les bénévoles et en aidant le peu qu’on peut. Les pommes sont versées dans une sorte de fraiseuse, sauf qu’a la place d’une gerbe de neige, c’est du hachis de pomme qui en sort à l’autre bout. Ils mettent la scrabouille dans des carrés de jute qu’ils ferment et empilent entre des clés en bois. Ce mille-feuille est ensuite placé sous une presse qui se charge de faire couler le liquide. Les dames-jeannes se remplissent et, après stérilisation, le jus est finalement transvasé dans des petits cubis.

Vers 9:15, une voiture s’arrête à notre hauteur : c’est le photographe du QJ et du JdJ.

– Salut, je dois venir chez vous…
– Oui, la journaliste du JdJ nous a prévenu que tu passerais aujourd’hui. Mais elle m’avait dit 10:00 non ?
-Oui. Vous serez là ?
-Oui oui, on en a encore pour une demi-heure.
– Parfait, à tout à l’heure.

Quand on arrive au Panto, il est déjà sur place à prendre des images. Il nous demande plusieurs poses à divers emplacements, afin d’avoir suffisamment de clichés pour les deux journaux qui l’emploient.

Manon, une des anciennes du Panto débarque. « Alors qu’est-ce qui se passe ici ? J’ai pas regardé mes mails et tout ce cheni depuis longtemps et … c’est quoi ce délire ? » On lui re-raconte toute l’histoire.

Je crois que dans ce genre de situation, c’était déjà le cas lors de la battle face au musée, ce qui prend le plus de temps, c’est de raconter l’histoire encore et encore. Mais nous le faisons avec le même soin à chaque fois, c’est primordial d’informer correctement les gens, partisans comme opposants. Pilou rédige le communiqué de presse pour demain. Le ton est « franc parlé », il résume le cours des événements de ces trois dernières années. On y ajoute un manifeste pour la vie du Pantographe. Le téléphone m’arrache de mon écran.

– Pantographe Dindon.
– Salut c’est Sapo, d’« Espace noir » on voulait juste vous dire qu’on est avec vous si il y a besoin de quoi que ce soit, dites-nous.
– Alors pour l’instant, je peux pas te dire précisément le plan d’actions. Mais il y a une conférence de presse demain. Si tu veux venir… ce serait bien que les gens comprennent que le Panto, c’est pas juste deux trois gulus.

Je rejoins la rédaction collective des textes en cours. Les mots passent de bouche en bouche. Manon, Pilou, Dani, Gluon, Tobs, ont les synapses en alerte. Le langage doit être chirurgicale. Ce qu’on communique doit autant caresser qu’être incisif. C’est de nouveau quelques heures qui s’égrainent au fil des mots.

– Bon, ont fait l’affiche du mois d’octobre ? me lance Dani.
– Je suis raide et j’avais plutôt l’intention de monter me coucher. Mais ouais, à fond ! On n’doit pas mettre en souffrance les trucs en cours ; et ça me fera du bien de faire quelque-chose d’un peu créatif ! Putain d’ordinateurs !!! On colle, on dessine, on imprime, on photocopie…

3:00, je rampe dans mon lit.

la suite au prochain épisode : J+6