Le mot d’Antoine Chessex auteur/compositeur/interprète

PANTO RESTE!

J’ai eu la chance de séjourner de nombreuses fois au Pantographe pour des résidences de travail au cours de ces dernières années. Ce lieu offre une structure artistique pluridisciplinaire unique en Suisse et rayonne bien au-delà de la ville de Moutier et de sa région.

La qualité du travail effectué par ses résidents permanents et l’immense investissement nécessaire au quotidien afin de rendre cette entreprise possible représentent une forme de production immatérielle dont la valeur est indéniable. Cette production immatérielle englobe autant la création et l’échange de différentes formes de savoirs que les innombrables activités culturelles réalisées au fil des années ainsi que toutes les dimensions sociales qui en résultent.

Bien qu’ayant une vision de la production qui diffère sensiblement de celle du Pantographe, l’entreprise Tornos est également importante pour la ville de Moutier. L’excellence qu’elle représente dans la réalisation de machines de mesure se concrétise certes à travers un autre modus operandi que celui du Pantographe mais les deux structures ont certainement un objectif commun: continuer à réaliser un travail de qualité sur la durée. Tornos et le Pantographe sont donc deux entreprises avec deux visions différentes mais nullement incompatibles. Les institutions économiques et industrielles peuvent très bien fonctionner en interdépendance avec les institutions culturelles et sociales.

Il s’agit donc ici d’éviter une vision normative qui opposerait Tornos au Pantographe dans une perspective binaire et simpliste (“capitaliste contre alternatif”), mais bien de souligner la possibilité pour les deux entreprises (ou l’entreprise et le collectif si l’on désire différencier les deux formes de structures) de cohabiter comme elles l’ont fait ces dernières années dans une collaboration pacifique, complémentaire et constructive.

La balle est bien entendu dans le camps de la direction de Tornos vu qu’elle dispose des moyens légaux et peut donc permettre au Pantographe de continuer à exister. En autorisant le Pantographe à poursuivre ses activités au sein de l’usine Junker, l’entreprise Tornos confirmerait une vision créative et intelligente pour la collectivité et permettrait ainsi de montrer la complémentarité de deux structures différentes. Les deux institutions que sont Tornos et le Pantographe sont constitutives de l’identité de la ville de Moutier.

Tornos ferait honneur à son nom en permettant au Pantographe de poursuivre son précieux travail.

Antoine Chessex, Zürich, novembre 2015

 

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