Le ton est dur, et alors ? Lettre à tornos 11 janvier

Le 6 janvier, nous réagissions par ce mail adressé à la direction et à la presse. voici la réponse du directeur financier de Tornos :

Madame, Messieurs,

J’accuse réception de votre courriel du 6 janvier 2016, qui a retenu toute mon attention et vous en remercie.

Son contenu n’a pas manqué de m’étonner. En effet, vous qui préconisez le dialogue, vous n’avez jamais informé Tornos SA du fait que vous hébergiez une dizaine de réfugiés depuis deux mois ! Dans la mesure où nous ne connaissons pas ces personnes, ni leur statut, il était de notre devoir de prendre contact avec l’autorité compétente, ce que nous avons fait. 

Pour le surplus, je renonce à me prononcer sur vos autres allégations, dénuées de tout fondement.

Enfin, comme déjà dit, nous serions d’accord de vous rencontrer pour discuter, au besoin, de la date de restitution des locaux, étant précisé que le principe ne sera pas remis en cause.

Veuillez croire, Madame, Messieurs, à l’expression de mes sentiments distingués.

Bruno Edelmann  |  CFO

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Notre réponse de ce 11 janvier pluvieux

M. Edelmann,

Vous vous dites étonné de notre mail du 6 janvier. Einstein a dit : « Celui qui ne peut plus éprouver ni étonnement ni surprise est pour ainsi dire mort ; ses yeux sont éteints. ». Nous voilà rassurés, vous n’êtes pas un zombie.

Vos leçons de communication nous paraissent déplacées, alors que vos collègues directeurs nous évitent honteusement depuis plus de deux ans, comme s’ils avaient quelque chose à se reprocher.

La vérité est que nous avons fait notre proposition à l’association asile Bienne et région (ABR) avant votre annonce d’expulsion et c’est elle qui nous a recontacté en novembre pour loger des réfugiés au lieu de les laisser à la rue avec 35.- d’argent de poche. La propriété privée n’a pas à avoir droit de cité dans ce genre d’évidence : on accueille, puis on discute si on a en face des personnes digne de confiance, ce qui était le cas avec l’ancienne direction. Cette confiance s’est lentement effritée, puis effondrée avec votre refus d’entrer en matière dans une recherche de solution à l’amiable le 2 octobre dernier. Vous nous expulsez et détruisez des années de travail, et nous devrions dire “Merci, M. le directeur, nous vous prions de nous interdire d’accueillir des réfugiés en attendant de débarrasser votre saint plancher, M. le directeur ?”.

Nous remarquons surtout la logique discriminatoire de votre direction qui ne s’est jamais inquiétée de qui était accueilli jusqu’au moment où – horreur! – elle réalise qu’il y a des migrants qui font partie du tas. Les artistes et les alternos on veut bien, mais les migrants, ça ne va plus ?

Si vous nous révéliez votre stratégie, M. le directeur, ne serait-elle pas : “Je dois virer abruptement un collectif culturel bien établi et reconnu sans raisons éthiquement valables, c’est déjà assez complexe sans y ajouter des réfugiés.  Alors je vais essayer de court-circuiter la chose en m’appuyant sur “mon devoir” de propriétaire et en m’adressant à “l’autorité compétente” (l’association ABR ? une autorité ?). Si vous étiez sincèrement inquiet, pourquoi ne pas être simplement passé nous voir – on est à 100 m de votre bureau et on ne va pas vous lyncher – et vous auriez remarqué que cet hébergement est comme à l’accoutumée, parfaitement « sécurisé ».

Nous espérons donc que votre intervention chez ABR restera lettre morte et que nous pourrons pérenniser notre collaboration sans plus être inquiétés.

Pour le “surplus”, il semble que vous confondez “allégation” et “vérités qui dérangent”.  Elle sont fondée sur des fait que vous n’avez pas vécu pour la plupart, ce qui ne les rend pas moins véridiques. Tornos nous a donné sa parole en 2013, le Collectif pouvait racheter le bâtiment. Prétendre que nous n’avons pas pu rassembler les fonds comme vous l’avez fait est un mensonge. Si pour vous une parole ne vaut rien, alors sachez que nous ne céderons pas face à ce que nous considérons comme l’une des pires déviance de notre société.

Lors de la remise de la pétition, le conseiller municipal M. Winistoerfer, a déclaré que la dureté de notre ton rend le dialogue difficile. Ne serait-ce pas plutôt la violence de vos décisions, l’hypocrisie de vos paroles et la passivité du conseil municipal qui nous ont mené dans cette impasse ?

Vous êtes maître de la situation, il vous suffit de revoir votre projet de restructuration du site en y ajoutant cette inconnue que votre nouvelle direction a sciemment ignorée : la culture. Le fait que ce domaine s’intègre mal à votre business plan ne justifie pas sa simple exclusion. Qui exactement a pris cette décision et pourquoi ? Quelles que soient les réponses à ces questions qu’étrangement personne ne pose, une entreprise à but lucratif n’a pas à décider pour un projet dont le sens lui échappe et dont l’envergure la dépasse. L’usurpation du pouvoir par les intérêts financiers et la croissance infinie sont des chimères qui génèrent des atrocités bien réelles et à grande échelle.

Il est temps que cela change et il semblerait que nous soyons de plus en plus à être de cet avis. Pour preuves : les 3’000 signataires de la pétition “non à l’expulsion de Pantographe” lancée par le fOrum culture et les presque 300 manifestants de ce w-e.

Si vous et votre entreprise n’avez pas le courage d’affronter vos contradictions, ayez la décence de laisser faire ceux qui essaient et retirez vos bâtons de nos roues.

Pour le collectif pour la culturel

Danilo Tamasi     Gilles Strambini      Ondine Yaffi

Copie à :

– ABR
– municipalité
– office de la culture
– Pays des merveilles
– fOrum culture
– pantographe.info

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