Journal d’un Dindon… J+14

événements du 10 au 16 octobre 2015

Sazou et Erlon ont déplacé une résidence prévue dans le canton de Fribourg au Panto : « On veut être avec vous ! » me dit Sazou au téléphone. A peine quelques minutes après ce coup de téléphone, on en reçoit un autre de Lune «Hey, comment ça va chez vous ? On viendrait bien vous dire bonjour avec Akana et Braffsky…»

Tout le monde débarque entre dimanche et mardi. Sazou et Erlon bossent sur un projet de loop voix et percussion. Ils nous l’offrent en avant-première mercredi. Braffsky invite ses élèves du conservatoire de Bâle à bosser ici. Ils donnent également un petit concert jeudi.

Puis nous avons encore droit à un concert magique ce vendredi, celui de Jbcae, le projet de Lune. Sa harpiste les a rejoint pour pouvoir travailler tranquillement avant leur représentation de samedi à Fribourg, car la pauvre s’est cassée l’arcade en perdant connaissance. Hypoglycémie.

Zed de son côté à enfin trouvé l’adresse de M. Just. Il l’invite à nous rencontrer pour parler de l’affaire. Sa secrétaire répond : «…M. Man est responsable de ce dossier, c’est avec lui qu’il faut traiter…». Pour boucler la boucle, nous réitérons par mail notre demande d’intervention des pouvoirs politiques à l’adresse du conseil municipal avec copie à toutes les parties concernées. Nous avons contacté en amont le bureau de la direction de l’instruction publique qui, contrairement à la ville, soutien cette idée.

Dans une intervention médiatique, Alexandre Berzu se surpasse : «… il y a deux fois plus d’offre culturelle à Moutier que dans une ville de même envergure, les initiatives privées c’est bien, mais la Municipalité n’est pas le Club Med, elle ne doit pas se substituer aux initiatives privées…». Alexandre, franchement, vous demandez-vous comment les gens interprètent vos propos ? Une chose est certaine, dans la discipline « Pieds dans le plat », je n’irais pas vous défier !

Ce vendredi soir, le fumoir est, pour changer, fort animé. Renato Lemore, un ami architecte et dessinateur qui vit en Pologne, Stefano, son collègue, Jill, le père de mes gosses, Lucio, un habitué, Zérocette, notre « taupe » chez Mornos ainsi que Braffsky, Pilou, Dani et moi formons une belle tablée.

– On pourrait mettre le Panto en bourse, lance Braffsky. Mettre la créativité en bourse c’est une idée non ? Ça a de la valeur !

– On pourrait se mettre tous individuellement en bourse. On a tous une valeur, renchéri Pilou. Et si on fait ça eh ben on fait péter la bourse. Chouette ! Eh pour le concours d’impulsion dont tu nous as parlé Stefano, on le fait ! Sauver le Pantographe c’est une impulsion non ?

– Intitulé “Résurrection”, lui répond-il derrière ses petites lunettes.

La conversation se poursuit et part dans tous les sens.

– Arrêter d’utiliser l’argent et continuer de tourner autour du soleil, clame Pilou qu’on incite à devenir Maire de Moutier, ça c’est un programme ! Le pognon est un gag, la bourse est un gag, la politique est un gag…

Oui, mais tout ça est devenu tellement sérieux ! Je repense au concert de ce soir. Nous étions une dizaine de privilégiés dans notre “salon” à écouter Jbcae. Ces trois pointures de la musique actuelle helvétique nous ont donné tout ce qu’ils ont au fond du cœur. Pas pour un cachet. Pour l’amitié et le sens qu’on peut mettre dans toute action qui n’est pas dirigée par du chiffre. « J’ai vécu un moment exceptionnel ! J’ai vraiment pris mon pied comme rarement », me dit Lune le ventre aussi arrondi que cette dernière quand elle est pleine.

Notre plus grand acte subversif : ne pas gagner d’argent et ne pas le considérer comme autre chose qu’un simple outil dont on peut se passer la plupart du temps, quand on sait créer des choses et se passer du superficiel. Mais toucher au dogme sacré de l’argent, c’est comme s’attaquer à Dieu en personne.

Nous sommes mis au rang des profiteurs par nombre d’habitants de cette ville car nous ne payons pas de loyer, ne gagnons pas d’argent et offrons un espace accessible prix libre. Si nous payions un loyer, étions employés pour un salaire adapté à notre fonction, faisions payer cher les concerts, et pour que tout cela puisse se faire, demandions des dizaines de mille d’argent du contribuable en subvention, et ben là, tout le monde s’accorderait à dire que nous sommes des gens bien comme il faut ! Étonnant, non ?

On a beau expliquer, ils ne voient rien, n’entendent rien, ne comprennent pas. Ils sont comme bagués sur un programme. Toute idée de changement impliquant une remise en question de leurs habitudes et du modèle économique dominant est perçu comme une menace.

Je ne crois pas qu’il y ait de grande loge secrète réunissant les grands super-méchants de ce monde nous manipulant tous, pauvres victimes que nous sommes… Conneries ! Peut-être qu’il y a quelques clubs de post-adolescents milliardaires grisonnants, mais vu que l’individualisme, l’affection toute particulière que porte l’humain aux solutions de facilité et l’abrutissement planétaire qui en découle se chargent de faire le plus gros du boulot, tout ce qu’ils ont à faire est d’entretenir et profiter de la situation en buvant du bon sky et en jouant au poker.

La capitalisation monétaire a supplanté toute idée de valeur morale, sociale, écologique, humaine,… Elle a pris le contrôle des esprits, comme une drogue. Et celle-ci est mise sur votre ordonnance médicale dès le plus jeune âge. Presque tout le monde pense que rien ne peut vivre ou se faire sans argent. Ça c’est très fort. L’argent se place entre tout et tous. On s’est amputé de la conscience « que c’est nous qu’on fait ». Car l’argent ne sait rien faire. C’est juste un contrat doué d’une confiance universelle. Il remplace le temps nous manquant pour créer une vrai relation de confiance avec les autres. Il remplace artificiellement le temps qu’il nous loue en échange de lui-même.

Ça marche pas très bien.

Ah, c’est parce qu’il faut gagner plus de fric, ben ouais…

Suis-je bête.

la suite au prochain épisode : J+16