La gazette : MOUTSTOCK: UN DERNIER FESTIVAL POUR «FEU» D’ARTIFICES…

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Jean-Jacques Terlin

Exit l L’épineux dossier estampillé Pantographe sera«définitivement liquidé», selon les termes d’un dernier courrier officiel reçu par les quatre permanents du centre culturel autogéré. On ne peut trouver mieux comme aphorisme pour faire tomber le couperet sur dix ans d’activités vouées à la création artistique sans frontière. Une opération sanitaire destinée à aseptiser les lieux parasités. Mais avant l’évacuation, inéluctable, un festival multiculturel a été programmé du 3 au 8 juin.

Le 8 juin sera le jour de l’expulsion… Injection de Pantotal pour le Pantographe. Dans cette attente – qu’on imagine vécue impatiemment par les contempteurs du Panto – en une poignée de jours, les permanents ont réussi le tour de force, dont seule la jeunesse est capable, de monter un dernier festival, baptisé Moutstock. Tout un programme, qui illustre de manière festive un choix de société. N’est-il pas préférable de recevoir un éclat de rire qu’un éclat de métal? L’événement fait figure de pied de nez à une triste aventure fleurant les fragrances musquées (et non musclées) de rapports de forces stériles. Qu’a-t-on fait des relations humaines qui honorent ceux qui les privilégient? Bien entendu, il y eut bien ces communiqués électroniques lapidaires…

Sans conventions Entre deux voyages direction la Cantine à Delémont, où sera stocké le matériel accumulé pendant 10 ans dans les 1500 m² de l’Usine Junker (qui revient de droit et c’est incontestable aux propriétaires), les amis du Panto se font donc fort de donner un dernier éclat à ce lieu incontestablement contesté. Ils ont choisi d’intituler leur dernière manifestation culturelle Moutstock 2016, qui rassemblera au pied levé une vingtaine de groupes d’artistes de Suisse et de bien au-delà. Une vingtaine de groupes programmés en quelques jours seulement. Entre le 3 et 8 juin, bien d’autres artistes convergeront spontanément vers le Panto, une forme non conventionnelle d’adhésion, la marque sensible et appréciée par toute personne ayant fréquenté ces lieux – et qui de fait a le droit incontestable d’en parler en connaissance de cause et de les défendre. Il fallait que les jugements soient cruellement diffractés par l’ignorance et gavés de rumeurs forcément imaginaires et infondées, tant ce Panto pouvait faire croire qu’un autre modèle de vie apaisée était possible.

Un autre sens à la vie Dans une société géométriquement encadrée pour répondre aux besoins d’un dogme énoncé sous le vocable de loi financière, bien plus qu’économique d’ailleurs, le vivre ensemble agité par des iconoclastes et la démonstration que l’on peut donner un autre sens à l’existence en s’affranchissant de cet entrelacs de carcans sociétaux, ne pouvaient être assimilés raisonnablement par des personnes hermétiques à cet exemple. La liberté affichée sans ostentation par ces trentenaires alternatifs, en fracture ouverte avec une société de plus en plus sectaire et qui impose ses règles intangibles au plus grand nombre, a été ressentie comme une provocation insupportable. Le Panto… Symbole d’une liberté conquise et d’une générosité sans but lucratif, deux facettes d’une diversité culturelle en voie de disparition. Il n’y a donc pas que les pandas…

Humanité en recherche d’identité Avec la force de conviction (intelligemment et poliment argumentée) dont font preuve les ex-permanents du Pantographe, leur détermination tranquille à vivre d’une manière responsable et modérée, le centre culturel renaîtra sans doute de ses cendres. Dans un ailleurs encore indéterminé. Quant aux murs de l’Usine Junker, ils exhaleront longtemps ce qu’ils ont absorbé de joie, de rires, de ces instants magiques de rencontres artistiques, d’une envie de vivre sans trop concéder aux exigences d’une société matérialiste, aveugle, de plus en plus insensible. Une société anthropophage qui, sans état d’âme consomme ses propres spécificités: la richesse de sa diversité, ses facultés cognitives et son aspiration à l’intelligence. Alors en attendant que le plat de résistance soit digéré, vous reprendrez bien un peu de désert?