LE COURRIER : Un squatteur soutenu par le voisinage est menacé d’expulsion

les aventures de David, notre pote du studio pirate, contées par le courrier.

David occupe une parcelle au grand dam du propriétaire, mais à la satisfaction des voisins.

David, jeune étudiant, en est à son cinquième lieu de domicile.

Le 28, chemin du Dr-Adolphe-Pasteur, au Petit-Saconnex, est en ébullition. David, étudiant en histoire, occupe, depuis le mois d’avril, une parcelle inhabitée avec sa roulotte achetée à une compagnie de cirque. Ayant pris connaissance de sa présence la semaine dernière, la Société immobilière Pilhoué, propriétaire, menace de porter plainte. Le jeune homme est soutenu par les voisins et souhaite négocier un contrat de confiance.

Amas d’immondices

Gagnant un salaire trop maigre pour trouver un logement, David a opté pour la vie en roulotte il y a trois ans, au moment de quitter l’appartement familial. Il en est aujourd’hui à son cinquième lieu de domicile. «Des terrains abandonnés? Il y en a plein à Genève, il suffit de se balader à vélo pour en trouver! J’ai l’embarras du choix», dit-il en souriant.

Le jeune homme, qui a grandi au Petit-Saconnex, avait remarqué depuis plusieurs mois que le numéro 28 était inoccupé. En réalité, la maison était vide et inhabitable depuis trois ans. La régie Pilet et Renaud avait fait détruire les sanitaires, murer le rez-de-chaussée et dénuder le toit de ses tuiles. Au mois de mars, David s’adresse alors à la société propriétaire pour trouver un arrangement et occuper la parcelle. Sans réponse, il se décide toute de même à investir les lieux. Le voisinage était prévenu et favorable à son installation, comme en témoigne un échange de courriers électroniques entre personnes du quartier dont Le Courrier a pris connaissance.
En y pénétrant, David remarque que la parcelle s’était transformée en déchetterie: matelas, habits, couvertures jonchaient le jardin, le tout diffusant une odeur incommodante. En effet, des sans-abris et des dealers, ne pouvant pénétrer dans la maison, dormaient sur ce terrain et y amoncelaient leurs affaires. «Nous avons fait savoir à plusieurs reprises au propriétaire que des nuisances provenaient de sa parcelle», explique Pierre-André Marti, voisin et président de l’Association pour la sauvegarde du Petit-Saconnex village, avant de préciser qu’il n’avait pas constaté d’interventions du propriétaire ou de la régie à la suite de leurs réclamations. «J’ai moi-même éliminé douze mètres cubes de déchets», se souvient David en montrant quelques photos. Il s’est par ailleurs chargé de couper l’eau qui alimentait la maison, car d’importantes fuites s’étaient produites. Il note scrupuleusement les kilowattheures consommés pour régler la facture s’il s’en va. Dès lors, les voisins, qui n’ont plus à subir odeurs désagréables et va-et-vient, sont satisfaits de la situation, explique M. Marti. Une pétition de soutien circule d’ailleurs depuis samedi et près de cent cinquante paraphes ont été récoltés.

Conscient qu’il s’est introduit sans autorisation sur la parcelle, le jeune homme juge cependant anormal que Genève abrite autant de propriétés inoccupées. C’est ainsi qu’il demande un contrat de confiance au propriétaire: «Je veux bien payer un loyer modeste, négocier un échange de service comme le nettoyage de la parcelle, ou encore convenir d’une date de révocation du contrat, le temps de terminer mes études», ajoute-t-il. Il est toutefois peu optimiste, étant sans nouvelles du propriétaire: «Je serai probablement expulsé. J’espère simplement qu’un délai raisonnable me sera accordé pour quitter les lieux et qu’on ne me saisisse pas la roulotte.»

Projet «imminent»
Du côté du propriétaire, Serge Patek, l’avocat qui s’était chargé du départ des locataires il y a trois ans, explique que son client a l’intention de porter plainte pour violation de domicile et dommage à la propriété, avançant que le jeune homme a abîmé le portail au moment de forcer le cadenas pour entrer dans la propriété. Une demande d’expulsion devrait également être déposée. La procédure peut toutefois durer plusieurs mois.

Par ailleurs, M. Patek nie le récit du jeune homme, qui a pourtant les voisins pour témoins et quelques photographies datées à l’appui. Selon lui, c’est la régie Pilet et Renaud qui se serait chargée d’assainir la parcelle. «Nous n’avons aucun moyen de vérifier qu’il est là depuis trois mois, le propriétaire ayant eu vent de sa présence il y a une semaine seulement», ajoute-t-il.

Et de conclure: «La société n’envisage pas de contrat de confiance avec une personne qui a pénétré de force. Laisser la parcelle vide est la meilleure solution puisqu’un projet de construction d’immeuble est imminent.»

Si la zone est en effet amenée à être densifiée à l’horizon 2030, le plan localisé de quartier ne devrait pas être dressé avant 2018, indique le Département de l’aménagement. De plus, les habitants ont déjà annoncé leur opposition, arguant notamment que certaines maisons ont une valeur patrimoniale.

LE COURRIER Vendredi 05 août 2016

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