Ondine : expulsée du Panto, expulsée de Moutier et bientôt, expulsée de Suisse ?

On vous sert souvent un proverbe à la con comme : “Quand on est au fond du trou, on ne peut que remonter.” Aujourd’hui je peux le contredire : “Quand on est au fond du trou, certains peuvent encore penser que votre sort est encore trop clément et essayer de vous y  enterrer !”

Les rancœurs personnelles des personnes au sein des administrations ont-elles le pouvoir de faire et défaire la vie de certains ?

Nous n’avons pas décidé de quitter l’usine Junker, nous avons été expulsés. Nous n’avons pas décidé de quitter Moutier. Et nous n’en avons pas les moyens car, pour quitter Moutier il faudrait pouvoir arriver quelque part. Depuis neuf mois nous cherchons ce quelque part, mais pour l’instant sans succès.

Le 23 septembre 2016, nous recevions une première lettre menaçant de nous radier de Moutier car nous ne résidions plus à la Rue Industrielle 123. Je pris immédiatement le téléphone pour informer le contrôle des habitants : “Nous n’avons plus de domicile et ne pouvons pas déposer nos papiers dans une autre commune ; mais cette situation est provisoire, nous ne manquerons de vous informer dès que nous aurons à nouveau un logement.” On me répondit : ” Pas de problème, nous prenons note.”

Le 29 novembre 2016, nous recevions une deuxième lettre de menace. Je répondis, cette fois par un email qui disait en substance ceci : “Bien qu’une certaine confusion aie été faite concernant notre implantation dans le projet de la Cantine à Delémont, nous n’y avons qu’un simple bureau transitoire (boîte au lettre). Ce bâtiment n’a pas de logement de fonction et, de ce fait, nous ne résidons pas sur place. Nous sommes actuellement sans domicile fixe.
Si vous êtes dans l’impossibilité de comprendre cette situation des plus désagréable pour nos personnes, nous vous laissons la responsabilité des éventuels dommages collatéraux que votre procédure arbitraire pourrait engendrer. Tout particulièrement pour Madame Yaffi qui pourrait, si cette situation se prolonge, se voir retirer son permis de séjour alors qu’elle est née et a passé toute sa vie en Suisse.”

Si nous n’étions pas Gilles Strambini et Ondine Yaffi du Pantographe, nous pourrions avoir, comme des dizaines de milliers de personnes en Suisse, nos papiers déposés à une adresse où nous ne résidons pas vraiment –  parce-que nous sommes en études, parce-que nous voulons payer moins d’impôts, parce que nous sommes neuf mois sur douze à se taper des putes à Pattaya – sans pour autant recevoir des menaces des autorités communales. Car ces dernières n’en sauraient rien ou ne regarderaient pas plus que ça.

Nous n’avons pas plus de légitimité à déposer nos papiers à Delémont, qu’à les laisser à Moutier. Nous en avons même beaucoup moins si l’on prend en considération la “presque toute sa vie” qu’à passée Gilles à Moutier et les 8 années que moi-même j’y ai vécu.

Gilles Strambini a reçu ce matin la décision de radiation de la commune de Moutier signée par MM. Winistoerfer et Vaquin (à laquelle il est en train de faire opposition). Il n’a pas reçu son dernier matériel de vote et a perdu, de ce fait, son droit de citoyen suisse !

Pour ma part, j’ai reçu un mail du canton, car Moutier leur a jeté la patate chaude, il me laisse jusqu’au 21 avril pour me domicilier quelque part sans quoi, je perdrai mon permis de séjour. Je deviendrai alors illégale dans le seul pays qui est le mien !

Si nous nous retrouvons dans cette situation, des milliers d’autres peuvent s’y trouver. Si nous n’avons pas choisi de quitter notre domicile, nous avons par contre choisi un autre mode de vie basé sur l’humain et non sur l’argent. Je ne me plierai jamais à des lois qu’on applique sans mesure. Dans ce cas précis, ça revient à accepter que, dans un pays dit démocratique et libre, il est interdit d’être nomade !? Comme c’était, il y a peu, un crime d’être homosexuel-le, communiste ou juif-ve.

Je pourrais mentir et prétendre habiter quelque part, mais ce n’est pas le cas. Je suis en transit. Je suis nulle part. Je suis partout. Et je revendique le droit de l’être pour moi et pour les suivants !

 

 

2 réflexions au sujet de « Ondine : expulsée du Panto, expulsée de Moutier et bientôt, expulsée de Suisse ? »

  1. J’apporte un précision essentielle à cet article.
    Nous avons été, depuis notre expulsion, accueillis par des amis généreux, nous ne vivons pas sous des ponts (quand je dis “sans domicile fixe” c’est au sens littéral du terme). Mais nous n’habitons pas chez ces amis, nous sommes leurs invités. Nous habiterons quelque part quand avec notre chair s’y trouvera notre cœur et notre âme et que l’on pourra y projeter notre avenir.
    Et à ceux qui ne comprennent pas pourquoi je ne dépose pas simplement mes papiers quelque part, provisoirement pour garder mon permis, je réponds également cela :
    C’est cette partialité (car ce ne sont que des humains) administrative brandissant l’inflexibilité de la loi comme prétexte quand cela sert leurs intérêts ou humeurs qui fait ou défait la vie de certains.
    Est-ce que ces M’sieurs Dames nous vireraient si on était milliardaires et qu’on vivait pour de vrai à Hawai ? Doit-on continuer de cautionner de pareilles injustices ? Pour ma part, ce n’est pas dramatique, je suis française. Qu’en serait-il d’une érythréenne née en suisse ?

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