Panto avril 2019. Et l’utopie bordel ?

Tu fous quoi Pilou ?

Un feu dans le poêle de la boutique, à l’extérieur il pleut, à l’intérieur les questions irrésolues flottent dans la fumée des clopes.

Le Panto en est où, en fait ?

Grand frère surveillance s’est gentiment muté en big mother bienveillance. Les corps se lovent dans ce bien-être passif et uniforme. Repus au sein de cet grande chose chaude et molle, la plupart ne veulent plus entendre les ondines et leur chant d’utopie.

Mmuhuh… et concrètement ?

Depuis l’expulsion de l’usine Junker, le Panto a continué d’exister, dans nos regrets beaucoup, dans nos espoirs un peu.

Courant 2016-2017, nos blablas auprès de la totalité des cantons et communes des Juras n’ont pas donné grand chose. Elles ne veulent pas risquer leurs billes (entendez pognon, c’est absurde on en demandait pas) dans un mode de fonctionnement qu’elles ne comprennent pas : le Panto est autogéré, donc incontrôlable, fonctionne bénévolement, donc insolvable. Bon, on va pas chialer, on s’y attendait un peu. On nous l’avait déjà sous-entendu : le propre des autonomes, c’est pas d’être autonome ? Mouais… c’est pas une finalité, mais un moyen parmi d’autres. On voulait voir si une trêve, voir une alliance, pouvait exister. Ben bof.

Et Bellefontaine, cette maison près de St-ursanne ?

En septembre 2017, après avoir poliment sollicité des mois un entretien avec BKW, propriétaire de cette maison encore debout car protégée par le patrimoine, on la squatte juste pour forcer cette porte qui rechigne à s’entrebâiller. On sort du bâtiment mais on obtient une offre d’achat car a posteriori, le grand chef des bâtiments de la grosse boite électrique nous trouve plutôt sympa. On est toujours étonnés de plaire autant aux libéraux. On est d’accord sur la liberté, mais pas sur l’égalité (pour des entreprises dont le but est de capitaliser sur la concurrence, forcément). Bref, depuis plus d’une année la demande d’autorisation de morcellement de la parcelle agricole concernée stagne sur le bureau de la commission foncière rurale jurassienne. Surchargée, il parait…

Tedjeu…et l’équipe tient le coup ?

Ben… non, en fait. La vie coule en parallèle, avec ses youpi! et avec ses clashs, beaucoup pendant ces temps flottant. CertainEs “PantotiséEs” ne sont pas à l’aise dans les non-murs éphémères, ou les murs non-libres résistants aux couleurs et burins spontanés. Illes supportent mal ces compromis qui les censurent. Et comprendre l’échec comme une avancé et pas une régression… pas simple. Elle affecte, elle démange, cette frustration. Alors on se cherche les poux, les simples différences se muent en désaccords puis en reproches, avec les proches ou les lointains. En été 2018, l’ancienne équipe de permanentEs qui cohabitait à la Cantine splitte en deux, les “vieux cons” sur Crémines, les “jeunes niais” en France voisine. On a largué cette utopie qu’on a longtemps porté ensemble. ChacunE va créer la sienne, sans s’alourdir des consensus nécessaires au partage. On verra plus tard si nos égos se rejoignent quelque part.

Ha. C’est dommage…

Oui et non. Pas forcément. ça continue, ça se multiplie.

Et Crémines alors ?

On a dégrossis la scierie de mon grand père en ateliers, espace de créations, café-philo, boutique-jeu et plein d’autres possibilité dedans et dehors : une des suites du Pantographe. On ne sait pas quelle forme elle prendra, ça ne dépend plus beaucoup de nous, je crois : les maisons libérées sont des œuvres vivantes et collectives, qui se nourrissent pour quelque temps de celles et ceux qui ont le courage d’y pénétrer. On les attend.

A ben t’es casé pour dix ans…

Nan… je m’y remet pas comme à Moutier, pour finir gravé dans le marbre. Je vais là où il y a de la matière et du sens à travailler, des amis à revoir ou à rencontrer. Je vais avec ceulles qui en chient pour péter les jambes du capital et construire la suite avec nos bras et nos idées. On peut tout faire, faut y aller. Je redeviens nomade, chasseur-cueilleur de possibles sur les chemins de l’utopie.

Ah ouais. Cool. ben… bonne chance, hein.

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