24 Heures : Un collectif squatte l’ancien site Reuge de Sainte-Croix

Copie de l’article paru dans 24 heures le 22 novembre 2019

par Frédéric Ravussin / image de Christian Brun

Vaud : Des membres d’une association bernoise veulent créer des espaces et des lieux d’échange dans ces bâtiments inoccupés.

Au premier abord, rien ne semble anormal, si ce n’est que le chemin qui conduit à l’arrière de l’immense bâtiment délaissé par l’entreprise Reuge il y a quelques années est dégagé de la neige tombée ces derniers jours sur Sainte-Croix. En y regardant de plus près, toutefois, deux feuilles A4 placardées sur la porte d’entrée de cet immeuble industriel attestent de la présence de squatteurs sur le site, comme l’a révélé mercredi le «Journal de Sainte-Croix».

Clin d’œil involontaire, l’association Collectif pour la culture a utilisé une Hermes Baby — produit phare sorti voilà des décennies des usines Paillard qui ont fait la richesse du village — pour expliquer à la population sa démarche et sa présence. C’est ce même document qu’elle a déposé à l’Administration communale et qu’elle a envoyé au propriétaire du site (lire encadré) avec qui elle souhaite avoir un dialogue.

Par ses quelques lignes, les membres du Collectif pour la culture invitent même les habitants de la région «avec plaisir et café» à venir à leur rencontre tous les jours de 15h à 20h dans l’annexe qu’ils ont investie en-dessous du bâtiment. «Quand nous avons appris leur présence, ils étaient ici depuis quelques jours déjà. Le délai était donc passé pour que nous puissions les prier de quitter les lieux sans intervention du propriétaire», souligne le syndic de Sainte-Croix, Cédric Roten. Les autorités se sont donc simplement assurées qu’il n’y avait pas de problème de sécurité, tout en les rendant attentifs à l’état général des lieux.

«Proposer une solution concrète et immédiate»

C’est justement cette situation qui les a amenés ici car leur ambition première est «de proposer une solution concrète et immédiate» en vue de la revitalisation d’une friche industrielle qu’ils jugent «promise à un lent effondrement déjà bien entamé». Et si le collectif a opté pour la politique du fait accompli, c’est parce que leurs approches plus officielles dans leur région d’origine les ont conduits de refus en refus.

Après avoir été mis à la porte de l’ancienne usine Junker à Moutier, l’association qui «défend des valeurs libertaires, égalitaires, solidaires et respectueuses de toutes natures» a en effet d’abord cherché des sites dans le Jura et le Jura bernois. Trois années de démarches infructueuses, pourtant conduites en toute transparence avec les autorités politiques, lui ont fait mettre le cap sur le Nord vaudois. Soit à mi-chemin entre Neuchâtel et Lausanne où elle dit avoir beaucoup de sympathisants.

«Pour nous, Sainte-Croix c’est un peu le Moutier du Nord vaudois, de par son glorieux passé industriel. On se doutait bien qu’on y trouverait des locaux où nous pourrions apporter la preuve de ce que nous savons faire», explique Gilles Strambini, un des deux permanents de l’association à Sainte-Croix.

Répondre aux envies

À Moutier, leur projet baptisé «Le Pantographe» avait été reconnu d’utilité publique par le Canton de Berne. Il a engendré la mise sur pied de 458 événements, 8 expositions collectives et 185 résidences de création. Ce n’est toutefois pas pour autant un tel projet que le collectif entend «remonter» sur le balcon du Jura vaudois. «On veut avant tout répondre aux envies des gens. Nous ne nous considérons pas comme les meneurs de cette démarche que nous voulons participative», souligne Ondine Yaffi, la deuxième permanente présente sur le site. Le but est ainsi de créer des espaces, des lieux d’échange où les gens pourraient venir librement: ateliers de menuiserie, de serrurerie, mais aussi de musique, de théâtre, voire —pourquoi pas — une ludothèque.

Pour y parvenir, le collectif veut avoir le soutien de la population. «Si ce n’est pas le cas, on partira, mais on a déjà ressenti un intérêt certain des gens qu’on a rencontrés depuis deux semaines», reprend Ondine Yaffi. Reste qu’il lui faut aussi trouver un terrain d’entente avec le propriétaire, Jürg Stäubli. L’association espère que l’homme d’affaires sera d’accord de conclure un contrat de prêt à usage.

«Je déteste être mis devant le fait accompli»

2006-2016: après dix ans passés dans les locaux de l’ancienne usine Junker à Moutier (BE), l’association Collectif pour la culture pourra-t-elle conduire son projet artistique et culturel participatif à Sainte-Croix? Et pour combien de temps? La réponse dépend en grande partie du propriétaire, Jürg Stäubli.

De retour de l’étranger, l’homme d’affaires bernois installé depuis des années sur la Côte a été mis au courant de l’installation des squatteurs, mais n’a pas encore pris connaissance d’un dossier qu’il a confié à son avocat. «Peut-être que l’on trouvera une solution, mais je déteste être mis devant le fait accompli», souligne-t-il d’emblée. Et de se demander pourquoi l’association ne l’a pas contacté avant de poser armes et bagages dans cet dépendance de l’ancienne usine Reuge. «Je suis très ouvert à la culture, j’ai financé des spectacle avec ma fondation. J’aurais donc probablement dit oui, comme je l’ai fait lorsque l’école de cirque de Sainte-Croix m’a demandé si elle pouvait y disposer de locaux pour entreposer du matériel.»

Pour autant, Jürg Stäubli ne ferme pas la porte au Collectif pour la culture. Mais il rappelle que si un accord devait être trouvé, il serait de toute façon limité dans le temps. «Un procès est pendant auprès du Tribunal fédéral par rapport à cette parcelle. Reuge a pollué ce site et nous avons demandé à l’entreprise de financer les travaux de dépollution.» Le tribunal cantonal a donné raison aux nouveaux maîtres des lieux, mais la société de Sainte-Croix a recouru auprès de l’instance fédérale. «Le jugement est imminent. S’il est en notre faveur, nous réaliserons dès que possible les projets que nous avons à cet endroit. Sinon, on verra.»

source : https://www.24heures.ch/vaud-regions/nord-vaudois-broye/collectif-squatte-ancien-site-reuge-saintecroix/story/17670670

3 Comments

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OK bien bien, je comprends mieux… Enchanté se vous avoir vu, rencontré et pu faire connaissance… Courage !!! Un sympathisant de plus… En âme et conscience
J.

A l’ heure de l’informatique, du net, ou la plupart des parents estiment que leurs enfants passent leurs temps, sur des jeux, des séries, ou blog , youtube, sans autres côtés créatifs, ou occupations.
Des personnes rares mettent leur savoir faire, leur temps, l’outillage, et des fois même le matériel, car ils partagent sans volontés d’enrichissements pécuniers.
Juste partager son savoir avec respect entre tous les intervenants, c’est Rare.
Avoir un lieu de création pour un artiste, peintre, sculpteur, graphiste, musicien, ou artisan, menuisier, serrurier, ect, est quasi impossible aux prix du logement actuel. Et d’avoir à disposition tout l’outillage, c’est encore plus rare.
Sans nuisances véritables, que d’occuper un site a l’abandon.
Ayant visité le Pantographe, le rêve de tous créateurs, il y avait tout : l’atelier de menuiserie avec machinerie, serrurerie, studio audio, salle de spectacle, scène pour concert, spectacles, théâtre, … et matériel pour tous les arts, et du matériel professionnel, ouverts à tous qui désirent créer sans distinction de style. Sans volontés pécuniaires, mais de partager du temps et du savoir.
Et derrière les intervenants souvent cités, un réseau de nombreuses personnes qui leurs permettent et leurs ont permis d’aboutir et finaliser les projets, passés, présent et futurs.
Car quelque que soit le lieu, le besoin est là, pour tous les artistes et artisans, ils veulent créer, et avec conscience, respect de l’environnement, sans gaspillage.
Aucune institutions, propriétaire, lois, amendes ou même peine de prison ne pourra les arrêter.
Souvent pris pour des revendications, la demande est simple : avoir un lieu adapté pour réunir un maximum de créativités, d’arts et d’artisans, avec l’outillage, le matériel et le savoir pour parvenir, au travers d’un système participatif, à aboutir à la création, quelque soit les projets. Tous Arts confondus. Impossible ? Ils l’ont déjà fait. Ils le feront encore.
Avec un grand respect pour toutes ces personnes citées et celles qui sont anonymes, je leur dit merci, car les peintures que je vais admirer, les musiciens que je vais écouter, les spectacles que je découvrirai, c’est grâce à eux.

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