Novembre 2019 : Abordage d’un mastodonte industriel désaffecté de plus de 5000m2

Abandonnant le site de Bellefontaine à un sort peu enviabletout en restant liés au projet hybride de Créminesles nomades repartent à l’abordage.

7 novembre : notre frégate, pleine de vivres et de matériel, largue les amarres, cap à l’ouest pour un périple à travers les chaînes de montagnes jurassiennes. Objectif : revitalisation d’une ancienne usine à Sainte-croix, dans le nord vaudois.

8 – 10 novembre : Nous installons nos quartiers dans un bâtiment abandonné, une annexe à notre objectif principal. On nettoie, pose des tapis et un parquet, un poêle à bois, un éclairage alimenté par un panneau solaire, on installe une cuisine et un petit salon, et on sort l’hermès baby de son trop long silence : c’est sur cette mythique machine que l’on tape le communiqué explicitant nos buts et invitant les habitantEs, le propriétaire et les autorités à nous rencontrer pendant les heures d’ouverture de notre nouvelle permanence.

11 novembre : distribution auprès du voisinage et à l’hôtel de ville. Au bureau de police, le gendarme hésite, nous demande nos identités, nous informe qu’il transmettra à son chef, puis nous souhaite une bonne journée.

1 heure après notre visite, une délégation de deux agents vient “sécuriser” nos nouveaux locaux et reprendre nos identités officielles. Découvrant un mandat d’arrêt à l’encontre de l’une des membres du collectif concernant des amendes de train impayées (nous militons activement pour la gratuité des transport publics et en assumons les conséquences), les gendarmes la mettent en état d’arrestation. Refusant de payer la facture de 200.- , elle passera les deux jours suivant en prison. Plus tard, une seconde visite du chef de la police locale est plus cordiale : il se présente comme notre interlocuteur pour de futures négociations et prévoit que “on va se revoir régulièrement et ça va prendre du temps”.

En parallèle, plusieurEs Sainte-Crix (habitantEs de Ste-Croix), dont de nombreux,ses membres d’associations locales viennent nous témoigner leur sympathie et leur intérêt à participer au projet. Un accueil enthousiaste et chaleureux.

12 novembre : réveil surprise à 4h du matin par une patrouille de la police d’Yverdon. La porte n’étant pas verrouillée, le duo d’agent pénètre sans difficulté – et un peu désarçonnés – notre base. On les accueille en slip et avec quelques reproches quand à leur manque de finesse. Le temps de s’habiller et de faire un feu, l’atmosphère se détend. Ils refusent le café qu’on leurs propose, recontrôlent nos identités, et repartent aussi vite qu’ils sont venus en nous souhaitant quand même une bonne fin de nuit.

Plus tard dans la matinée, nous recevons la visite d’une importante délégation : Une bonne moitié de l’exécutif municipal, les chefs de la police et des pompiers. Présentations succinctes, échange de politesse, contrôle de la cheminée, offre de médiation éventuelle avec le propriétaire, l’ambiance est plutôt détendue et on essaye de répondre de manière concise à la fameuse question : “mais… pourquoi Sainte-croix ?”.

13 novembre : retour de prison de notre compagne. Elle y a rencontré, comme souvent en prison, des personnes dans des situations dramatiques. En l’occurrence, une Erythréenne dont le seul crime est de ne pas être née au bon endroit.

14 novembre : revisite d’un nouveau duo de gendarmes à 2h du matin. Même topo.

15-23 novembre : L’hiver s’installe, il neige régulièrement à cette altitude, on prend soin de notre “ambassade du Pantographe”. On y reçoit la visite spontanée de la journaliste du journal local. Quelques jours plus tard, informés par l’article de cette dernière, c’est au tour du 24 heures. Puis, les visites de sympathisantEs : chaque rencontre tisse de nouvelles perspectives.

24 novembre : Nous n’avons pas de nouvelles des autorités ou du propriétaire en dehors de ce que les articles de journaux nous apprennent. On s’attend à un débarquement d’avocats et de morale patriarcale. On espère que ce cher multimillionnaire aura la magnanimité de nous rencontrer en personne.

Mais qu’importe l’orgueil des maîtres de la propriété privée : Les gens d’ici, ceux qui racontent l’histoire et font exister le présent, nous ont adoptés. C’est ce qui compte pour les projets solidaires : nous sommes aptes à façonner ensemble un nouvel imaginaire sur les ruines de la spéculation immobilière.

29 novembre : Et voilà, le gars on l’invite gentiment à venir discuter dans des locaux qu’il n’utilise pas, on l’attend pendant 3 semaines, il répond à la presse qu’il est un peu vexé mais qu’il y a moyen de discuter. Nous attendons donc un signe de sa part et Paf ! double plainte civil et pénal, un procès au cul : nous recevons un avis d’expulsion et une convocation à comparaître au tribunal le 18 décembre.

Le dossier contient un ramassis d’inepties : dommage à la propriété (la porte était ouverte), accusation d’avoir occupé les locaux du Pantographe à Moutier illégalement (mais bien sûr), installation soi-disant dangereuse d’un poêle à bois – pourtant vérifié le 12 novembre par le chef des pompiers de Ste-croix (argument principal qui justifierait l’extrême urgence de l’expulsion).

Lucides quant à nos chances d’obtenir gain de cause en justice (la propriété privée est un des droits fondamentaux garantis par la constitution Suisse, tout autant que l’égalité ou la liberté d’opinion) on décide de quitter les lieux et de demander au proprio de retirer ses plaintes en lui transmettant une lettre ouverte, toujours dans le but d’entamer un dialogue et d’offrir une solution alternative à la démolition de l’usine et reconstruction d’appartements aseptisés et forcément vacants : Il y a déjà assez de locatifs vides à Ste-croix (env. 3% de vacance, le double de la moyenne Suisse).

Il manque par contre des communs accessibles à toustes où partager projets de création, ateliers, garde des enfants, etc… telle est l’offre concrète que nous proposons.

Comment souhaitons-nous habiter notre futur ?

Affaire à suivre…

7 Comments

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Salut les amis ! Vous êtes d’incroyables aventuriers de la vie et vous faites certainement bouger ce monde carré et à l’envers, si étrangement compliqué. Je ris bien en lisant vos aventures. Vous êtes téméraires et intrépides. C’est beau à voir, même si je sais que je n’ai pas les couilles que vous avez ! Bravo !

salut le panto !
ça me fait un peu loin pour vous le dire en face, je vis dans le sud de la france…, alors je renvoie le fil pour vous dire comment ça réchauffe le coeur d’avoir de vos nouvelles (même si ça a l’air de cailler chez vous) !!
Je ne suis pas repassée depuis Moutier il y a quelques années maintenant quand j’avais crée un spectacle grâce à votre accueil (entre autres gens motivés par ces aventures humaines)
je vous souhaite une belle installation et j’espère vous rendre visite à Sainte Croix un de ces jours…!

Bravo à vous!
J’espère que votre occupation va se transformer bientôt en lieu fixe… où vont se produire des événements et activités qui rassemblent et résistent!!
À bientôt j’espère

Hello Le Panto, je vous ai laissé un courriel le 24 novembre dernier. En avant toute!

“Quand le monde vivra d’amour…
… il n’y aura plus de….”
Raymond Lévesque
(Chanteur , Québec)

Sainte croix ! Il y aurait moyen que j’ai le plaisir de vous y retrouver dans l’été… j’espère de tout coeur que vous parviendrez à y rester. Votre combat a de la valeur. Plein de courage pour vous.

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