Le courrier 07.02.2020 Une usine désaffectée est à nouveau occupée

source : https://lecourrier.ch/2020/02/07/une-usine-desaffectee-est-a-nouveau-occupee/

Sainte-Croix Après la plainte du propriétaire, les occupants de l’usine Reuge font fi d’une première évacuation.

Espace dédié à la culture, la Baz occupe depuis novembre une annexe de l’usine désaffectée Reuge, à Sainte-Croix. Délogées par la police, lundi matin, plusieurs personnes occupent à nouveau le bâtiment. Malgré une plainte du propriétaire Jürg Stäubli, les squatteurs sont bien décidés à rester.

Située dans le village, l’usine Reuge a fabriqué pendant près de cent ans des boîtes à musique avant que l’entreprise ne déménage, en 2016, dans de nouveaux locaux. L’ancienne bâtisse est, depuis, à l’abandon. Jürg Stäubli, l’une des personnalités les plus riches de Suisse, rachète le bâtiment. Pour des raisons de pollution, aucun projet n’a pour l’instant vu le jour. Le Collectif pour la culture, à la recherche de locaux, a pris possession des lieux en novembre 2019.

«La Baz est un espace culturel incroyable, populaire et ouvert à tous, s’enthousiasme l’un des occupants. Nous resterons tant que nous le pourrons, peu importent les conséquences.» Projets artistiques, conférences, concerts, repas, divers collectifs font vivre le lieu. «Nous avons passé plus de trois ans à chercher un espace dans les règles de l’art, en faisant des demandes officielles, mais cela n’a rien donné», explique un membre du collectif. «Au bout d’un moment, nous avons décidé d’occuper ce bâtiment. Nous avons été transparents. Nous avons communiqué avec les autorités et même invité M. Stäubli à discuter.»
L’homme d’affaires se dit aussi ouvert au dialogue, mais dénonce certains agissements du collectif. «Par souci d’apaisement, nous avons retiré notre plainte après que les occupants nous ont écrit une lettre et ont évacué les lieux», explique Me Mahaim, l’avocat de Jürg Stäubli. «Ils ont, par la suite, réinvesti le bâtiment, mettant le propriétaire devant le fait accompli. En s’en prenant frontalement à sa personne par voie de communiqué de presse, ils cherchent à ternir la réputation de M. Stäubli.» Pour rappel, l’homme d’affaires avait été condamné en 2004 à 23 mois de prison ferme pour gestion déloyale et faux dans les titres. «Le propriétaire aurait été prêt à examiner toute idée visant à faire vivre le lieu, comme il l’a fait avec l’école de cirque qui profite gratuitement de locaux, ajoute M e Mahaim. Mais, comme la confiance est rompue et qu’ils occupent à nouveau le bâtiment, nous avons déposé une nouvelle plainte.»

La police a ordonné une évacuation de l’annexe. Lundi matin, alors que le délai pour vider les lieux courait jusqu’à mardi, la police a fait évacuer le bâtiment et a emmené deux personnes pour une déposition. Le collectif explique qu’ils envisageaient de partir. «Nous étions en discussion pour savoir quelle suite donner à cette aventure, mais, en intervenant avant la fin de l’ultimatum, les autorités se sont tiré une balle dans le pied. Nous avons reçu de nombreux soutiens et le bâtiment est à nouveau occupé.»


MIGUEL MARTINEZ

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