L’état de nécessité licite

L’histoire montre que la plupart des évolutions sociales sont générées par les actes et lui sont généralement arrachées par désobéissance civile. C’est seulement bien plus tard, quand elles sont apprivoisées par les esprits, qu’elles sont entérinées par les urnes.

Nous vivons depuis quatre mois dans un bâtiment dépourvu d’eau et d’électricité. Évacué.e.s par la police à deux reprises, nous sommes menacé.e.s de condamnations pénales. Les sympathisant.e.s de tout âge présent.e.s par solidarité peuvent également être inquiété.e.s. Et chaque jour, nous nous demandons quelle nouvelle agression nous allons subir.

Mais tout cela n’a aucune importance, le sujet qui devrait toustes nous préoccuper est bien plus grave.

Au matin du 3 mars 2020, un beau manteau blanc emballe le tipi dans lequel je dors. Depuis notre arrivée en novembre dernier, on peut compter sur les doigts d’une main le nombre de jours où la neige est tombée sur cette petite cité perchée à 1100 mètres sur la chaîne du jura suisse. Le ciel et la terre, tels des esprits rendus fous, nous font bondir d’un rigoureux hiver à un soleil printanier, puis de tempêtes à des orages dignes d’un mois d’août.

En une poignée de jours seulement, un virus pas beaucoup plus létal que la grippe saisonnière révèle l’état émotionnel de notre monde. La panique est telle que je me demande ce qu’il adviendra si une vraie rupture se produit.

Autrefois, la délimitation entre les nations était principalement culturelle. Aujourd’hui, nos frontières tuent plus que jamais. La peur de perdre les privilèges édifiés sur quelques siècles de pillage dresse barbelés et fusils. L’occident met toute son énergie à se maintenir en haut de la pyramide en bafouant sans aucune pudeur, encore et encore, le droit qui devrait être accordé à chacun.e de vivre dignement et sous le joug d’aucune tyrannie.

Alors que des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants sont parqué.e.s et maltraité.e.s dans des camps, que des centaines de millier d’autres meurent des conséquences de ce pillage organisé, les banques centrales choisissent de débloquer des milliards pour sauver les institutions privées qui en sont à l’origine.

Toutes ces personnes sont donc maltraitées et assassinées avec préméditation.

La justice, elle, est à l’image de notre météo : schizophrène ! Trop de lois offrent les moyens de condamner les victimes et non les tortionnaires. Malgré la bonne volonté de certains juges, elle est gangrenée, muselée par une économie qui n’est plus qu’au service d’elle même. C’est une tumeur.

L’économie est, à la baz, un organisme complexe fait de notre relation aux autres, à notre environnement et aux ressources qu’il nous offre à toustes. L’économie n’est pas l’argent. Pourtant ce dernier est devenu le seul ordre de marche et tout ce qui n’en produit pas ne peut plus être. Ce qui n’existe ni par, ni pour du fric n’a aucune valeur. Pire. C’est interprété comme une anomalie, un corps étranger à éradiquer.

Les Bien-Pensant.e.s enfermé.e.s dans la caverne de Platon défendent bec et ongles l’empire du profit qui les a mis en servitude.

Ce dernier a réussi un tour de passe-passe : faire oublier à l’humanité ses origines. Ce sont les hommes et les femmes qui cultivent la terre, bâtissent les foyers, enfantent le monde de demain.

L’argent n’a pas de mains, pas de cœur, pas d’idées. Il ne serait qu’un outil et non un tyran si nous rebâtissions un imaginaire désincarcéré de son dogme. La tâche revient à bâtir un château de cartes en pleine tempête. Sachant que c’est possible et que c’est beau, nous nous acharnons.

Il est, dans ce contexte, insultant de réduire notre engagement à un simple acte délictueux. Que ceulles qui n’ont pas le courage d’œuvrer à nos côtés, aux côtés de leurs enfants qui réclament un futur, ne nous entravent pas ! Et s’iels désirent prendre position, qu’iels aient la décence de chercher à comprendre avant de simplifier le propos jusqu’au vulgaire.

Que ceulles qui désirent vouer leur vie à ce système autophage fassent. Mais qu’iels ne l’imposent pas à l’ensemble du vivant.

Que ceulles qui s’insurgent d’être remis à leurs place par une gouvernance horizontale (une personne – une voix) passent leur chemin et aillent couver leurs millions. Iels perdraient la moitié de leurs empires demain et ne sentiraient rien. Alors qu’importe une vielle friche récupérée dans une faillite ?

C’est d’humilité et d’intelligence dont le monde a besoin.

Le 27 février dernier, une mise au concours pour la petite dépendance de l’ancienne usine Reuge a été publiée par les avocats du propriétaire.

Nous relevons que notre action a déjà le mérite de provoquer le débat autour de cette friche oubliée.

Il est offert aux Ste-Crix la possibilité d’investir dans la mise en conformité d’un local de 200m2 non isolé et désaffecté depuis de nombreuses années. Le projet devra être social, culturel, innovant et – comme la commune précise qu’elle ne donnera pas d’argent – autonome. L’heureux élu pourra jouir de cet espace pour une durée indéterminée, avant de céder la place au “projet pérenne” du propriétaire : “un centre culturel” par exemple.

Pour avoir cette chance, il faudra au préalable brandir torches et fourches afin de chasser ceulles qui ont postulé en envoyant leur dossier à Claude Immo SA (M.Staübli ne figurant sur aucun registre) et à la municipalité le 11 novembre 2019. Quel dommage que cette candidature n’ait même pas été étudiée. Ce dossier n’est autre que le bilan de dix années d’un projet social, culturel, autogéré et novateur ; reconnu par le canton de Berne d’utilité publique et d’une portée supra-régionale.

Aujourd’hui il nous suffirait de libérer les locaux pour nous métamorphoser en lauréat immaculé. Pouf! Confiance! Pourquoi ce portail magique n’a-t-il pas fonctionné lors de nos deux premières sorties ?

Quant à la décontamination du site, si Reuge ne peut la payer et/ou fait faillite, elle sera à la charge d’une collectivité désargenté. La situation ne bougerait certainement pas avant des années, contrairement à l’état de délabrement. C’est un classique.

De notre côté, nous nous employons à trouver des solutions pragmatiques et immédiates et non à chercher des responsables.

Notre position est claire :

  • on reste
  • on veille
  • on accueille
  • on œuvre

Pour et avec les Zabistes, Ondine

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